Du 29 janvier au 18 avril 2010.
Cette exposition poursuit un double objectif. Premièrement, faire découvrir à un plus large public l’une des figures les plus attachantes de l’histoire de l’estampe : Charles Meryon. Deuxièmement, montrer à nouveau, treize ans après notre première exposition Canaletto, la célèbre série des Vues de Venise. Cette exposition est donc basée sur le fonds Suzanne Lenoir donné au musée en 1994 par M. Eugène Rouir.
Charles Meryon a joué un rôle fondamental dans la promotion de la gravure comme art à part entière car il « fut le premier graveur original de son époque (milieu 19ème siècle) à ne devoir sa réputation qu’à ses gravures, et rien à la peinture » (Michel Melot). Meryon fut à l’époque salué et célébré par le plus important critique d’art de son temps : Charles Baudelaire. Ce dernier reconnaissait dans l’œuvre de Meryon la « beauté nouvelle et particulière » qu’il appelait de ses vœux : montrer l’atmosphère fantastique de la vie parisienne. C’est en effet par le thème de la ville que Meryon inaugure ce renouveau de l’estampe plutôt que par celui du paysage naturel promis à un riche avenir (Corot, Jongkind, les impressionnistes). Chez Meryon, la rigueur géométrique des lignes de l’architecture, la discrétion de la figure humaine et la force des ombres suggèrent une vision mélancolique qui semble anticiper sur les œuvres d’Eugène Atget et de Giorgio de Chirico. Il est surtout célèbre par ses vues de Paris du début des années 1850 mais un prêt du Cabinet des estampes de la Bibliothèque royale de Belgique permet aussi de se faire une idée d’œuvres plus tardives, parfois injustement dépréciées.
Si la réputation de Meryon repose entièrement sur son œuvre gravé, il n’en va pas de même pour Canaletto chez qui cet œuvre pourrait apparaître marginal. Et pourtant, le grand peintre italien du 18ème siècle a consacré la plus grande ferveur et attention à la série des 34 vues de Venise qu’il a réalisée autour de 1740 pour son principal commanditaire londonien, le négociant et collectionneur Joseph Smith. Canaletto montre parfois dans ces gravures une facture plus libre que dans ses peintures et révèle une Venise plus intime, moins solennelle. La rencontre entre ces deux belles figures de l’estampe se justifie par le fait qu’elles ont consacré une même technique – l’eau-forte – à une même thématique : une ville aux mille et un visages.
Un rapprochement similaire a déjà été fait par d’autres que nous entre Meryon et un autre graveur italien du 18ème siècle : Piranèse. Notre propos n’est cependant pas de forcer ou de systématiser la confrontation entre deux artistes par ailleurs très différents et séparés par un siècle. Rien n’empêche cependant le visiteur de reconnaître l’un ou l’autre écho visuel à travers les échafaudages, les barques glissant sur l’eau ou les passages furtifs de la figure humaine. Peut-être apparaîtra-t-il alors au visiteur que la poésie urbaine transcende les frontières de l’espace et du temps.
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